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Histoire locale

Une Résistante exceptionnelle

Soeur Jeanne CHERER, assistante sociale et grande Résistante (1885-1971)

Soeur CHERER était Mosellane, née en 1885 en Lorraine annexée (aujourd’hui la Moselle) et décédée à Metz en 1971.
Elle est arrivée à Lusignan début septembre 1939 avec les habitants de la ville de l’Hôpital et sa congrégation "Les soeurs de la charité".




Soeur Jeanne Cherer



A la déclaration de guerre, les habitants des communes de Moselle situées entre la ligne Maginot et la frontière allemande ont été évacués. Prévenus seulement quelques heures avant leur départ, ils ont dû tout abandonner. Le voyage fut douloureux, physiquement et surtout moralement. Trois jours après, ils arrivaient en gare de Lusignan ; la cour de la gare était pleine de monde.
Les Mélusins étaient présents pour accueillir les familles mosellanes ; deux Mélusines qui faisaient partie des familles d’accueil, peuvent encore témoigner aujourd’hui : Mme Augé Paulette et Mme Dadillon Marthe.



Sous l’autorité allemande et avec beaucoup de risques, Sœur Cherer a pu exercer son activité d’assistante sociale auprès des Mosellans, des prisonniers du camp d’internement de Rouillé, sur deux cantons : Lusignan et la Villedieu du Clain.
Elle circulait beaucoup avec une voiture « genre camionnette ».



- Raymond Picard, chauffeur de Soeur Cherer, a fait un récit relatant l’activité extraordinaire de cette patriote hors norme :
« Sa cornette, son imposante personnalité et sa parfaite connaissance de l’allemand étaient des atouts dans les circonstances du moment.
Par la Croix Rouge, par des dons, elle avait monté un véritable magasin d’effets qu’elle distribuait aux détenus suivant leurs besoins. Elle n’oubliait personne.
Comme assistante sociale du camp de Rouillé, cette activité lui était consentie.
L’approvisionnement en nourriture et en boisson était, par contre, prohibé.
Malgré l’interdiction formelle, malgré les difficultés d’approvisionnement, malgré les risques, Sœur Cherer parvint à faire entrer dans le camp de la nourriture cachée dans le double plancher de la camionnette, fabriqué à cette occasion. Le vin était dissimulé dans des bouteilles de bière qui étaient tolérées.
Sœur Cherer s’occupait aussi du courrier des internés afin qu’ils puissent communiquer avec leurs familles ce qui était formellement interdit. Le courrier était caché dans les caisses, à double fond, qui contenaient les vêtements.
 »



- Une anecdote, racontée par Raymond Picard, permet aussi de se rendre compte du courage, de l’aplomb et du caractère de Sœur Cherer :
« Un jour, une mission allemande arriva pendant que nous procédions à un tel déchargement [de viande cachée dans des caisses de vêtements].
Sœur Cherer s’avança vite au-devant d’eux et avec une aussi hautaine attitude que ses interlocuteurs, elle leur parla aussi longtemps que dura le déchargement. Celui-ci terminé, elle me commanda sèchement d’avancer et, devant les Allemands au garde-à-vous, elle monta dans le camion et nous sortîmes du camp avec la caisse à double fond qui contenait, comme d’habitude, le courrier des détenus pour leurs familles
 ».



- Roger Picard, historien (fils de Raymond) précise :
« Le canton de la Villedieu était situé de l’autre côté de la ligne de démarcation, ce qui lui a permis de faire passer plusieurs résistants en zone libre.
Elle s’arrêtait à Saint-Laurent de Jourdes, chez le boulanger qui la renseignait sur l’importance des risques du moment au lieu de passage en zone libre.
Elle était très efficace ; elle avait un réseau d’informateurs et d’aide jusqu’à la Préfecture de Poitiers. Elle réclamait partout des moyens financiers pour satisfaire ses besoins humanitaires.
Elle avait toujours avec elle un balluchon de vêtements civils, pour éviter d’être reconnue en cas de problèmes.
En 1944, elle a réceptionné, chez elle, deux évadés du camp de Rouillé, qui ont été conduits ensuite par Raymond Picard à Sanxay où ils ont été pris en charge par le maquis Bacle.
 »



- Jean Fumoleau, ancien interné du camp de Rouillé arrêté en 1941 à Paris, a bien connu Soeur Cherer.
Il raconte dans l’ouvrage : Les Barbelés de Vichy :
«  Mes camarades qui m’avaient confié la direction du groupe de théâtre, me demandèrent d’aller trouver Soeur Cherer - peut-être pourrait-elle nous aider à faire venir des costumes d’une maison spécialisée. Je suis donc le 1er interné politique à faire une demande auprès d’elle. Elle dut me prendre pour un de ces "droits communs" venant en quête d’une demande personnelle :
* Que voulez-vous ?
** Pour moi rien. Ce sont mes camarades qui m’envoient.
* Pourquoi êtes-vous là ?
** Nous sommes des internés politiques.
Son visage s’éclaira
* Ah ! enfin un politique qui vient me voir !
La réserve que nous conservions tous les deux disparut, nos rapports par la suite furent de grande qualité.
Le jour de mes 21 ans, elle vint au camp, demanda de rassembler le groupe artistique. Elle était accompagnée d’une religieuse et de Raymond Picard, son chauffeur.
Tous les trois nous servirent des tranches de gâteau et du thé.
Soeur Cherer me remit un cadeau. C’était une boite de chaussures contenant des chaussettes, un caleçon long, du papier à lettre. Mais ce qui m’a le plus touché, c’est que le paquet était entouré d’un large ruban tricolore.
Ainsi cette femme, cette résistante admirable, cette religieuse signifiait au jeune communiste que j’étais, notre rapprochement dans la lutte pour l’indépendance de la France.
Elle a assuré des services considérables aux prisonniers afin de rendre leurs conditions un peu moins insupportables.
Au camp de Rouillé, l’alimentation était mauvaise et uniquement végétarienne (carottes, rutabaga) ; en cachette, elle procurait aux prisonniers de la viande et aussi du vin interdit.
Les prisonniers politiques (communistes en majorité de la région parisienne) organisaient beaucoup d’activités culturelles et sportives. Pour cela, ils avaient besoin de choses qui n’existaient pas dans le camp (habits, objets, outils...). Elle leur apportait toutes ces choses interdites. Elle faisait aussi sortir le courrier qu’ils adressaient à leur familles ».



Les Mosellans sont repartis chez eux pour la plupart en septembre 1940.



Soeur Cherer est restée à Lusignan, avec sa congrégation, pendant toute la guerre.
Elle a été décorée de la Médaille de la Résistance et de la Légion d’Honneur.
C’était une grande dame qui, dans des moments difficiles et au péril de sa vie, a choisi "le chemin de l’honneur".



En reconnaissance, la Municipalité de Lusignan a fait poser, en 1997, une plaque sur le mur de la maison où elle habitait : au 1 rue de Vauchiron (Place du 11 Novembre).



Chaque année, le dernier week-end de juin,
la Municipalité de Lusignan, l’Amicale Châteaubriant – Voves - Rouillé et l’Association pour la Mémoire de la Résistance, de l’Internement et de la Déportation en Pays Mélusin lui rendent hommage.



Guy DRIBAULT
Président de l’AMRID
(Association pour la Mémoire de la Résistance, de l’Internement et de la Déportation en Pays Mélusin)



Photo : collection Roger Picard

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